Meilleur-GF.com a échangé avec Arnaud Filhol, Directeur Général de la société de gestion France Valley, leader sur le marché de la gestion de groupement forestier. Un échange pour faire le point avec lui sur le confinement du point de vue opérationnel, l’impact sur le marché de la forêt et notamment sur les fonds.

France Valley : confinement, impacts et perspectives pour les groupements forestiers gérés

Retrouvez ci-dessous la retranscription de l’interview d’Arnaud Filhol pour France Valley

Comment se passe le confinement pour les équipes de France Valley ?

France Valley est composée de douze personnes, ce n’est pas une grosse multinationale à mettre en mouvement dans le cadre du confinement. Chaque membre de l’équipe a été prudent. Nous n’avions pas déploré de cas grave. Une personne a été touché par la maladie et a été fatiguée pendant une dizaine de jours, mais elle va beaucoup mieux aujourd’hui. En résumé, le confinement s’est bien passé. Nous avons même réussi à aménager les choses et à faire fonctionner la société de façon presque normale. Nous continuons à avancer. Nous avons même réussi à visiter quelques forêts pour nous dégourdir les jambes.

En tout cas, c’est une bonne nouvelle, puisque l’activité se poursuit. Il faut toujours être positif dans un contexte vraiment unique, cette crise inédite. Quel va être l’impact de cette crise inédite sur les marchés des forêts et en particulier sur les fonds que vous gérez ?

Il y a potentiellement deux types d’impacts. Tout d’abord sur le marché des forêts, car la crise impacte sur la valeur des forêts notamment sur les offres et les demandes. Ensuite, il y a l’impact sur le marché du bois qui touche le rendement des forêts. L’industrie est touchée de plein fouet sur cet aspect. Beaucoup de scieurs ont arrêté toute activité, et il est probable que certains d’entre eux ne se relèvent pas de cette crise. Cette industrie est assez fragile, car elle est très capitalistique et a une faible marge. L’impact de trésorerie peut donc être dramatique pour l’industrie.

En ce qui concerne l’exploitation de nos forêts, un certain nombre de prélèvements prévus a été reporté. Pour nous et toutes les forêts en France, les ventes se font souvent en deux fois : au printemps et à l’automne. Pour celles du printemps, les ventes n’ont pas eu lieu ou beaucoup moins. Ces ventes sont essentiellement reportées. En effet, tous les bois qui ne sont pas coupés dans les forêts restent et poussent. Ils continuent à produire de la valeur.

L’impact économique pour un groupement forestier est assez modéré. Nous pouvons imaginer moins de chiffres d’affaires sur l’année. Sur le groupement forestier en général, le chiffre d’affaires des plus grosses forêts est couvert par des contrats d’approvisionnement que nous avons avec des scieurs de premier plan. Ces derniers suivront à cette crise avec peut-être quelques décalages, mais pas assez probablement. Par contre, il est difficile de mesurer l’impact de cette crise sur le prix de vente des bois. Il peut également être essentiellement couvert dans des contrats. En forêt, il est techniquement possible de décaler les ventes de quelques mois, voire de quelques années lorsque nous considérons que le moment n’est pas opportun. En principe, c’est un investissement dans lequel les investisseurs sont patients. Si les bois ne sont pas coupés cette année, ils le seront un peu plus tard et entre temps, les bois auront eu un accroissement naturel.

Ne pensez-vous pas que dans cette dynamique de ré industrialisation de l’Europe, de recentrer l’activité sur l’Europe, il ne va pas y avoir un effet au contraire ? Les promoteurs se disent : j’utilise du bois qui vient d’Europe, du bois qui vient de France pour construire les bâtiments. Beaucoup de promoteurs qui sont de cette dynamique-là, où on a le sentiment qu’on va consommer plus localement. Ce n’est pas une bonne nouvelle justement ?

De ce point de vue, nous ne sommes pas sûrs qu’il y ait un impact direct. Par contre, il y a une prise de conscience sur la problématique écologique associée à la problématique. Aujourd’hui, la France est un importateur net de bois, alors que nous avons une ressource importante. Nous sommes exportateurs de grume de futs, de chaînes en particulier, mais nous sommes importateurs en résineux qui sont utilisés pour la construction. Une partie de la transformation des bois utilisés au rez de la construction est réalisée en Europe chez des industriels scandinaves, suédois, finlandais, maltes, d’Autriche, d’Allemagne, etc.

D’un point de vue écologique, transporter du bois, c’est émettre du carbone avec un produit en capte. Ce qui est un peu dommage. Il serait effectivement souhaitable que l’industrie puisse relocaliser et disposer de capitaux propres, suffisants pour réaliser les investissements nécessaires la transformation des produits en France plutôt que de les transporter du fin fond de l’Europe. Il y a donc des prises de conscience écologique.

Donc vous êtes en train de faire un appel. Vous êtes en train de nous dire qu’il faut faire en sorte qu’il y ait des capitaux investis dans notre pays en France pour qu’il y ait un appareil industriel. C’est cela ?

En effet. Si nous comparons la France à l’Allemagne, nous constatons que l’industrie a réussi à faire sa transition de gérer une scierie familiale et de faire des outils industriels très puissants en Allemagne. Il en existe aussi en France. Aujourd’hui, nous avons de grands opérateurs qui fonctionnent très bien et qui ont complètement optimisé toutes leurs chaînes de fabrication. Cela reste cependant insuffisant en France. C’est une industrie fragile qui a besoin de capitaux.

En tout cas, ceux qui nous écouteront auront peut être identifié une opportunité de développer cet appareil industriel. Pouvez-vous nous parler des perspectives pour vos fonds de manière un peu plus précise ? Quelles sont vos attentes par rapport à la gestion des fonds ? D’ailleurs, combien de fonds avez-vous ?    

Actuellement, nous avons un certain nombre de groupements forestiers qui représentent à peu près deux cent millions d’euros de capitaux gérés. Une petite partie est encore en cours d’investissement et une large partie est investie dans 11 500 hectares qui sont répartis sur toute la France.

À long terme, la crise peut paradoxalement avoir un effet positif pour nos groupements forestiers, notamment pour GFI France Valley Patrimoine qui est le plus important de tous. Elle vise une centaine de millions d’euros. Nous avons récemment abordé les effets de la crise sur le rendement des forêts avec le décalage de coupe et éventuellement l’impact sur les prix pouvant être couverts par des contrats d’approvisionnement. Nous pensons qu’il y aura un impact plus important à plus long terme, mais nous ne pouvons pas encore le mesurer aujourd’hui. Il s’agit de l’impact sur la valeur des forêts. La forêt devient une valeur refuge.

La première secousse s’est passée en 2008. Nous l’avons très clairement ressenti sur les demandes de forêts dans les années qui ont suivi. Nous pensons que le marché va se tendre encore un peu plus, notamment sur la disponibilité de la ressource forêt pour réaliser des investissements. De ce point de vue-là, créer de nouveaux capitaux cela va compliquer un peu plus les choses. Par contre, pour les anciens, il s’agit d’une progression de la valeur des forêts dans les prochaines années.

Nous sommes sur un actif tangible, un actif réel, un actif économique. En guise de rappel pour nos auditeurs, 450 000 emplois sont connectés à l’économie de la filière bois. Est-ce que vous avez une bonne nouvelle à nous partager, parce que dans cet univers, ce momentum qui est difficile pour toutes et tous, il faut quand même parler des bonnes nouvelles.

L’évolution future de la valeur des forêts est une bonne nouvelle. Ce recentrage vers l’économie réelle est globalement positif pour l’économie au sens large et plus particulièrement pour l’épargne. La bonne nouvelle pour France Valley est que nous avions annoncé le visa du premier GFI français des patrimoines. Nous annonçons également un visa de trois autres nouveaux GFI obtenu il y a quelques semaines. Ces GFI, plus concentrés sur un aspect fiscal sont issus d’une réduction d’impôts sur le revenu. En effet, nous savons tous qu’un véhicule, en l’occurrence un GFI, ne peut collecter plus de 15 millions d’euros de capitaux. Cela donne droit à une réduction d’impôt sur le revenu. C’est une règle européenne de minimis.

GFI France Valley Patrimoine capitalise cent millions et arrive à cette limite. En conséquence, nous ne pourrons plus donner une réduction d’impôts sur le revenu avec ce groupement. C’est la raison pour laquelle nous lançons une nouvelle gamme intitulé, les « GFI France Valley Forêts », qui va nous permettre de poursuivre des investissements dans des GFI, avec le visa de l’AMF et la réduction d’impôts sur les revenus.

En tout cas, c’est une très belle nouvelle et accessible pour tous. Nous pouvons compléter notre patrimoine et investir à partir de 1 000 euros. Nous pouvons diversifier notre épargne en investissant dans la forêt.    

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